Téhéran, samedi 28 février 2026. L’armée américaine lance l’opération « Fureur Épique » en coordination avec Israël. En quelques heures, le cœur du pouvoir iranien est décapité : le Guide suprême Ali Khamenei est mort. Si Donald Trump revendique une victoire contre une « menace imminente » et sa volonté de « décapiter le régime des mollahs », ce séisme militaire intervient alors que des négociations de paix étaient en cours. Mais comment en sommes-nous arrivés là ? 

Pour comprendre cette confrontation, il faut remonter plusieurs décennies en arrière. Autrefois appelé Perse, l’Iran se construit autour d’une identité forte, notamment depuis 1501 avec l’instauration de l’islam chiite comme religion d’État, marquant une rupture définitive avec le monde sunnite voisin.

Au XIXe siècle, la découverte du pétrole en 1908 change la donne. L’Iran devient une proie énergétique vitale pour l’Occident. En août 1953, la CIA et les services britanniques orchestrent un coup d’État (Opération Ajax) pour renverser le Premier ministre Mossadegh, après avoir nationalisé le pétrole. Pour les Iraniens, c’est la preuve que leur démocratie sera toujours sacrifiée aux intérêts étrangers.

La grande révolution

Le Chah lance en 1963 la « Révolution blanche ». S’il modernise l’économie et accorde le droit de vote aux femmes, il s’appuie sur la SAVAK, une police politique brutale. Ce mélange d’autoritarisme et d’inégalités nourrit une colère qui explose en février 1979 et fait tomber la monarchie. L’Ayatollah Khomeini revient d’exil, en France, et instaure une République islamique où le religieux prime sur le politique.

Dès son arrivée, il remplace l’ambassade d’Israël par celle de la Palestine. La rupture est totale. Avant la révolution, les deux pays coopéraient discrètement. Quant à la République islamique, elle refuse de reconnaître l’État hébreu et se pose en défenseur de la cause palestinienne.

444 jours de prise d’otages

Le divorce avec l’Occident se scelle le 4 novembre 1979. Des étudiants islamistes prennent d’assaut l’ambassade américaine à Téhéran. 52 diplomates sont retenus en otage. L’ayatollah Khomeini salue une « deuxième révolution », utilisant ce bras de fer pour humilier le « Grand Satan » et asseoir sa théocratie. En réponse, le 7 avril 1980, Jimmy Carter rompt les relations diplomatiques et impose un embargo commercial total. Deux semaines plus tard, une opération militaire échoue dans le désert iranien. Ce qui renforce l’autorité de Khomeini et condamne Carter à perdre la présidence face à Ronald Reagan.  La crise prend fin le 20 janvier 1981, quelques minutes après la prestation de serment de Ronald Reagan.

Un calice de poison

Malgré la libération des otages en 1981, le mal est fait. L’hostilité envers les États-Unis et Israël se durcit avec la guerre en Irak. Face à ce conflit, l’Iran change de stratégie. Incapable de frapper Israël directement, il privilégie une guerre indirecte. En 1982, après l’invasion du Liban par Israël, Téhéran y envoie ses Gardiens de la Révolution pour fonder le Hezbollah. Cette armée « par procuration » (proxy) devient un levier militaire majeur contre l’État hébreu.

En 1988, épuisé, l’Iran accepte un cessez-le-feu proposé par l’ONU. Khomeini le compare à un « calice de poison ». La guerre s’achève sans vainqueur. Le régime comprend que pour survivre, il ne peut compter que sur lui-même.  Dès lors, une obsession s’impose, ne plus jamais être vulnérable. Le pays accélère sa course aux missiles et au nucléaire.

L’ère Khamenei : la continuité dure

La mort de Ruhollah Khomeini, en 1989, ne change pas la ligne du régime. Son successeur, Ali Khamenei, s’inscrit dans la continuité et renforce un pouvoir plus structuré, toujours hostile à l’Occident. Le programme nucléaire s’intensifie, devenant une menace existentielle pour Israël et stratégique pour les États-Unis.

Dans les années 1990, l’Iran reste relativement discret, mais consolide son influence régionale. Il renforce ses liens avec le Hezbollah et développe ses capacités militaires. En 2002, l’existence d’installations nucléaires secrètes est révélée. Pour les États-Unis et Israël, le doute n’est plus permis. L’Iran cherche à se doter de l’arme nucléaire.

Classé dans « l’axe du mal », aux côtés de l’Irak et de la Corée du Nord, par George W. Bush, le pays se sent encerclé après les guerres en Afghanistan (2001) et en Irak (2003). Pour le régime iranien, sans arme de dissuasion, il pourrait être le prochain.

À partir des années 2010, le conflit change de forme. Pas de guerre déclarée, mais une confrontation permanente. Le virus Stuxnet sabote les installations nucléaires iraniennes, dans une opération dirigée par les États-Unis et Israël. Dans le même temps, plusieurs scientifiques iraniens sont assassinés par les services israéliens. L’Iran riposte indirectement via ses alliés, comme le Hezbollah et des milices régionales.

2015 : l’espoir d’un accord

Sous la présidence d’Obama, le Plan d’action global commun (PAGC ou JCPOA) est signé. Cet accord vise à limiter le programme nucléaire iranien en échange d’une levée des sanctions économiques. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, s’y oppose. Allant jusqu’à dénoncer publiquement le texte devant le Congrès américain.

Trois ans plus tard, le tournant est brutal. Donald Trump retire unilatéralement les États-Unis de l’accord et rétablit les sanctions économiques. L’Iran reprend progressivement ses activités nucléaires, notamment l’enrichissement d’uranium.

La « guerre des 12 jours »

En juin 2025, le conflit franchit un cap. Des frappes massives visent le territoire iranien. Les États-Unis affirment avoir détruit une grande partie des infrastructures nucléaires, y compris les stocks d’uranium enrichi. Mais loin d’apaiser la situation, cette offensive radicalise encore davantage le régime.

À l’intérieur du pays, la pression monte. En janvier 2026, des manifestations éclatent dans plusieurs villes. Épuisée par les sanctions et la répression, une partie de la population descend dans la rue. Le régime ne vacille pas et réprime. Quelques semaines plus tard, l’opération « Fureur Épique » est lancée.

L’embrasement 

Les frappes américaines et israéliennes visent le cœur du pouvoir iranien, tuant Ali Khamenei et plusieurs hauts responsables militaires. Loin de s’effondrer, le système tient. Un nouveau guide suprême est rapidement désigné. Mojtaba Khamenei succède à son père. Dans la foulée, Téhéran bloque le détroit d’Ormuz, par où transite une part essentielle du pétrole mondial. Le conflit dépasse désormais les frontières de la région.

Pendant plus de quarante ans, l’Iran, les États-Unis et Israël se sont affrontés sans jamais se déclarer la guerre. En 2026, cette époque s’achève. En frappant au cœur du régime, Washington et Tel-Aviv n’ont pas seulement tenté de stopper une menace. Ils ont ouvert une nouvelle phase du conflit. Plus directe, plus imprévisible et surtout beaucoup plus difficile à contenir.

Sources :

  • La longue guerre : Iran, Israël, USA, de Vincent de Cointet (Arte, 2021)
  • Le Dessous des Cartes, magazine de géopolitique (Arte)
  • 1979, la crise des otages américains en Iran (l’INA)
  • Analyse de la sortie américaine de l’accord de Vienne (JCPOA) sur le nucléaire iranien (IHEMI)
  • Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et la lutte contre la prolifération (ministère de l’Europe et des Affaires étrangères)

By Clara Seront

Étudiante en communication à l'IHECS, je suis passionnée par le partage d'idées et le décryptage de notre société. De l'analyse des tensions internationales aux tendances culturelles, j'aime explorer la diversité des récits pour rendre l'information accessible et captivante pour tous !

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